mardi 20 septembre 2011

ANTOINE PERROT - LA COULEUR READY-MADE.

Comment un artiste peut-il aujourd'hui traiter de la couleur ?

Peintre, sculpteur, "compositeur" d'événements diversement colorés, Antoine Perrot apporte une réponse spécifique.

Ses pigments, ses pinceaux, il les prélève dans le monde des objets manufacturés, produits en nombre par l'industrie. Ce monde-là, c'est celui d'où Marcel Duchamp préleva, il y a un siècle, ses fameux ready-made. Objets donnés et préexistants que l'artiste isole et désigne comme d'œuvres d'art.

C'est la couleur qui intéresse d'abord et avant tout Antoine Perrot. La dimension diversement colorée de ces objets de la société de consommation que nous utilisons quotidiennement.

Tous ces objets ont une couleur - spécifique. Il n'est plus alors à l'artiste qu'à récupérer et agencer ces couleurs "données", "toutes faites", et à les réorganiser dans l'espace de l'atelier ou de la galerie d'art. C'est bien alors la couleur qui est "ready-made". Produite par l'industrie. Reprise par l'artiste.

Celui-ci n'a plus qu'à empiler, accumuler tampons abrasifs, balais brosses, ganses et rubans de toutes sortes. Menus matériaux (ficelles, plastiques, gommettes, etc.). Et composer ainsi une toile, un tableau, une sculpture aux tons donnés et "reconnaissables".

Ces "ready-made" d'Antoine Perrot ont sans doute maintenant des caractéristiques qui leur sont propres et qui relèvent de la touche ou du choix (oserait-on dire du "goût") de l'artiste.

Il s'agit ici d'objets utilitaires, dérisoires, triviaux. Instruments ménagers. Eponges synthétiques. Sans compter ces rubans de toutes sortes dont nous faisons un si abondant usage.

Autre caractéristique propre à Antoine Perrot : le caractère violemment polychrome de ses œuvres. Les objets et matériaux repérés se déclinent de manière multicolore. Orange, bleu, rouge, jaune, vert, violet : les coloris repérés sont vifs. Et parfois même "fluos".

Quant aux œuvres - constituées de ces objets ou ustensiles, désitués ou enchâssés (pour faire tableau) au sein de simple cadres géométriques -, elles déclinent précisément l'arsenal entier de cette polychromie. Jour de bonheur n° 4 (2011) exhibe un set de table aux rubans tressés multicolores.

Cette attention portée aux caractères sensibles et sensoriels de l'objet est peut-être ce qui distingue la démarche d'Antoine Perrot de celle de Duchamp.

Privilégiant une dimension conceptuelle, celui-ci se méfiait de tout l'aspect rétinien de l'art. Ses objets ready-made ont certes une couleur. Mais ils ne furent pas choisis ou "prélevés" (car Duchamp se méfiait de toute visée par trop intentionnelle et esthétisante) en fonction de celle-ci, une certaine dimension a-tonale de l'art étant essentielle à la démarche duchampienne.

Les œuvres d'Antoine Perrot jouent enfin souvent sur des processus d'accumulations, de répétitions (de tampons abrasifs, de rubans, etc.). Sa démarche pourrait alors se rapprocher de celle d'Arman. Mais les couleurs de ce dernier proviennent d'objets très différents. Objets souvent "patinés", provenant de stocks de vieilles fabriques ou des marchés aux puces.

Les couleurs et les objets d'Antoine Perrot sont vifs, frais. Ils sont ceux de notre quotidienneté la plus immédiate. La plus actuelle. Ils sortent tout juste du rayon ménager de la supérette de notre quartier.

Il n'est plus alors qu'à les lire… autrement.

Site de l'artiste et exposition en cours

Peinture efficace n°18 (2006)

dimanche 18 septembre 2011

MADÉ - LA COULEUR EN PERSPECTIVE.

Jaunes fuchsia, 2008. ©Madé

Sculpteur, Madé utilise la couleur comme un musicien jouerait de diverses harmoniques. La spécificité du volume sculpté, sa situation dans l'espace, les jeux de lumière qui s'y trament, les angles d'approche qui transforment les masses en présence, tout cela a un impact direct sur la perception de la couleur.

Qu'elles se déclinent sous les espèces - minimales - du noir ou du blanc, ou bien dans un jeu de camaïeu, ou sur le mode encore d'une déclinaison polychrome, les pièces sculptées demeurent vivantes et transformables.

C'est le mode d'approche, le regard et la gestuelle du visiteur qui révèlent d'un coup une certaine façon d'être de l'œuvre. Qui ne se reproduira sans doute pas à l'extrême identique.

Les jeux de perspective sont ici partie intégrante de l'œuvre. Ils atteignent et entament directement l'existence de ces modules colorés qui évoluent à la façon d'une pièce musicale.

Couleurs en perspective. En dents de scie. En promontoires. Faisant plis ou se refermant les unes dans les autres. S'additionnant. Se superposant.

Noir. Blanc pur. Couleurs mangées, animées par les ombres. Traversées de lumières. - Couleur et géométrie sont les deux maîtres mots du travail de Madé.

Site de l'artiste

Pan-toit n°1, 2002. ©Madé

lundi 12 septembre 2011

MÉMOIRES FILMIQUES. 40 ANS DE CINEMA EXPERIMENTAL Cinéma 2/CENTRE Georges POMPIDOU.

Le 24 septembre 2011 à 20h00

La fuite éperdue des photogrammes
Séance présentée par Pip Chodorov (sous réserve)

Ces huit films questionnent notre rapport à l’illusion d’optique. La représentation mimétique et les figures qu’elle engendre dialoguent avec l’abstraction pour proposer un rapport au temps qui invite à la contemplation méditative.

- "Mémoires filmiques" de Florence de Mèredieu
- "Voda" de Alexis Constantin
- "Charlemagne 2 : Piltzer" de Pip Chodorov
- "L'entre-deux" de Philippe Cote
- "Autoportraits 1994-1998" de Olivier Fouchard
- "Coming soon" de David Bart
- "Incarnation (boy) Negative & Positive" de Tony Wu
- "The Dante Quartet" de Stan Brakhage

Dans le cadre de la rétrospective du Collectif jeune cinéma, à l'occasion des 40 ans de CJC : de 1971 à 2011

MÉMOIRES FILMIQUES de Florence de Mèredieu (1981)

Hommage au cinéma expérimental des années 1980, Film-Manifeste d'une forme de cinéma abstrait et plastique, Mémoires filmiques sera ici projeté avec son cadre originel de diapositives.
La superposition des photogrammes et des transparences, le rythme des surimpressions, des mouvements et des fixités répondent au jeu (théorique, ironique et abstrait) d'un texte lu en voix off.

Séance du 24 sept 2011 (20h00)

"Mémoires filmiques" (1981)

vendredi 9 septembre 2011

BECKETT. DUCHAMP. MÉMOIRES DU 11 SEPTEMBRE 2001.

©FDM

"Un autre oiseau est apparu dans le ciel de Manhattan. Un oiseau de métal.
En ce 11 septembre 2001, les roses sont encore vivaces sur le balcon de la 42e rue. Elles se dressent fièrement à la face du ciel.

Adopter le point de vue des roses. Point de vue bizarre. Même s'il reste le point de vue d'un vivant. — Que sont devenues les roses de Manhattan, sous la pression du vent, des flammes, des cendres ?

Juchés sur les deux tours virtuelles du World Trade Center, Beckett et Duchamp ont cessé depuis longtemps de se faire signe. Ils ne se regardent plus. Le silence s'est fait.

Les roses autour d'eux ont goût de cendre. Le monde est parti en pétales. Une pluie rose, grise et fine, a succédé au double impact des avions suicidaires.

"Tombés roses à peine ongles blancs achevés. Longs cheveux tombés blancs invisibles achevés. Invisibles cicatrices même blanc que les chairs blessées roses à peine jadis." (Samuel Beckett, "bing", in TÊTES MORTES)

(Extrait de Et Beckett se perdit dans les roses, Blusson, 2007)

Et Beckett se perdit dans les roses

jeudi 8 septembre 2011

"TELEVISION, LA LUNE" (1992-93). INSTALLATION - VIDEO ET IMAGES 3D

© Nil Yalter et Florence de Mèredieu

"Télévision, la lune, de Nil Yalter et Florence de Mèredieu, propose elle aussi une autre version de la Genèse. Sur douze moniteurs poudroie un univers de sable. Difficile de distinguer le vrai sable, filmé avec une caméra, du sable produit par l'ordinateur. Un homme et une femme (Nicole et Norbert Corsino) traversent ce désert à pas lents, à gestes stricts, gagnés sur l'inconnu, comme à l'aube d'un monde nouveau. Un monde où la peau et la pierre seraient pareillement émiettables. Une lumière dorée, synthétique, souffle sur ces corps, qui se fragmentent alors en corpuscules, flottent, avant de se coaguler à nouveau en apparences, en transparences." (Jean-Paul Fargier, Le Monde, 14 juin 1994 : Sur l'installation présentée à Marseille — Tour du Roi René — de Nil Yalter et Florence de Mèredieu)

En 1992, je fais part à Nil Yalter, artiste vidéo, de mon souhait de prolonger avec elle le livre précédemment publié par moi aux Editions des Femmes (1985), Télévision, la lune, par une installation vidéo.

Nil Yalter a alors l'opportunité de travailler sur ces images que l'on appelle des "images de synthèse". Nous décidons d'un commun accord de travailler sur cette lisière qui sépare et réunit l'image analogique (qui est un prélèvement du réel) et l'image digitale (qui est une image "calculée").

Il est entendu qu'il s'agit d'une réalisation plastique commune (j'ai déjà réalisé plusieurs films expérimentaux en super 8). Le scénario de l'installation, le tournage, le montage seront le résultat d'un travail commun. Les images de synthèse seront réalisées à Marseille durant un stage que Nil Yalter effectue à Brouillards Précis (lieu artistique alternatif qu'il faut ici saluer). Je descendrai à plusieurs reprises à Marseille pour le tournage (des images réelles), travailler avec Nil à la mise au point des images numériques et au pilotage de l'ensemble.

L'INSTALLATION : L'univers des images apparaît de plus en plus comme un univers composite, mêlant des images de sources et d'origines diverses. Télévision, la lune, superpose et greffe à des matériaux provenant du monde réel ces autres matériaux artificiels qui sont aujourd'hui générés par les machines.

La perception des sutures et raccords entre ces différents ordres est plus ou moins perceptible, l'origine ou source des images plus ou moins repérable. Tant il est vrai que l'on en arrive à la constitution d'un univers étrange, semi-naturel et semi-artificiel.

Au sein de ce travail plastique, le moment privilégié (et le plus important) restera celui du montage. A tel point que tout le travail préparatoire (production des images numériques, engrangement d'images vidéo et de photographies) n'a consisté qu'à accumuler des "matériaux". Matériaux dont nous avons ensuite, Nil Yalter et moi-même, joué au niveau du montage.

La neige de l'écran-vidéo, les sables, les particules et pixels de la synthèse furent intimement mêlés au sable réel - sables de tous les déserts du monde dont le poudroiement, le lent écoulement, rythme l'ensemble. On aboutit ainsi à ses sortes de composés hybrides, résultant de la superposition de couches et de couches d'images.

Bibliographie :
- Jean-Paul Fargier, "Images des origines", Le Monde, 14 juin 1994.
- "Télévision, la lune". Hybrides et automates, in Puck, n° 9, "Images virtuelles", 1996, pp. 54-58.
- "Télévision, la lune, littérature, vidéo et image numérique : la greffe et l'entrelacement des images, In "Mélanges des Arts", Skênê, 1996, pp. 82-85.
-"Télévision, la lune", "Images numériques. L'aventure du regard". 1997, École régionale des beaux-arts de Rennes/Université Rennes 2, pp. 98-101
- Florence de Mèredieu, "Images hybrides" in Arts et nouvelles technologies. Art vidéo, art numérique, Larousse 2003-2011.

Site de Nil Yalter

Télévision, la lune, le livre

Collectif Jeune Cinéma