dimanche 8 avril 2018

Enfance et Aires de Jeux au Japon.

Ouverture officielle de "Kodomo No Kuni", Yokohama, 5 mai 1965.

Kodomo No Kuni
Enfance et aires de jeux au Japon
Exposition du 7 avril au 30 juin 2018 à
l’ONDE, 8 bis avenue Louis Bréguet
78140 Vélizy-Villacoublay.
Décombres d’incendie
Sur le sol en ciment
Fillettes et jeux de balle

(Mukai Kyorai, 1651-1704)
En 1965, au moment où le gouvernement japonais déclare mettre fin au processus de reconstruction de l’après-guerre, un parc s’ouvre à Yokohama. « Kodomo No Kuni » (ou « le Pays des enfants »), un jardin érigé sur un ancien terrain militaire. Les deux faits ne sont pas strictement liés. Mais, face aux destructions, naturelles ou humaines, l’appel à l’enfance et au recommencement fut et demeure, au Japon (comme souvent dans les autres pays) un leitmotiv important.

Le jeu de l’enfant revêt à ce niveau de multiples fonctions. - « Les formes données au jeu de l’enfant sont certes ludiques, nous disent les organisateurs de l’exposition ; Il importe qu’elles fournissent un environnement riche à l’enfant, mais elles renvoient aussi à un jeu plus large : elles sont porteuses d’une fonction de réparation ou de conjuration. »

Basée pour l’essentiel sur des documents photographiques, cette exposition met en scène les rituels, les jeux et les « aires de jeux » où s’exprime la vitalité des enfants et adolescents japonais.

En contrepoint, Mutsumi Tsuda présente « Dialogues », une série de clichés se référant à la situation et au destin des enfants japonais de Nouvelle-Calédonie, entre 1941 et 1960. - L’exposition s’est ouverte le 7 avril avec une conférence de l’artiste, portant sur cette relation méconnue entre le Japon et la France.

Micro Onde, Centre d’art de l’Onde

Sur le travail de Mutsumi Tsuda

Kohei Sasahara, Sunny, 2016. Vue de l’exposition
Spontaneous Beauty, Kyoto Art Center, 2016.

samedi 10 mars 2018

INCIDENCE - La Charte de la Terre.


Le collectif d’artistes ARTSESSIONMTL me
demande de relayer l’information :


INCIDENCE - La Charte de la Terre
Exposition du 13 au 18 mars
Vernissage Jeudi 15 mars (17h-20h)
Galerie POPOP CIRCA - Edifice BELGO
372 rue Sainte-Catherine Ouest, espace 442
Montréal (Québec)

dimanche 4 mars 2018

DAIMYO. L’armure et son DOUBLE.

Vue d’exposition. Photo ©FDM, 2018.

Daimyo - Seigneurs de la guerre au Japon
Au Musée GUIMET du 16 février au 13 mai 2018

L’armure japonaise. Son double, son architecture. SON OMBRE.

Le musée Guimet présente une exceptionnelle et grandiose exposition, rassemblant armures, casques, masques et ornements textiles du Japon. La caste seigneuriale des Daimyo s’imposa durant une grande partie de la période féodale (du 15e au 19e siècle). L’armure est alors un instrument d’apparat, une manière - absolument théâtrale - d’afficher son emprise et son pouvoir.

La réalisation de ces « joyaux » de l’artisanat japonais démontre la maîtrise et le raffinement des maîtres armuriers. Symboliques, démonstratifs, ces accoutrements guerriers de luxe sont là pour asseoir et incarner la puissance guerrière de ceux qui les portent.

L’attirail est complexe. Constitués de masques de cuir (composés eux-mêmes de diverses parties), de casques (comportant un bol généralement en fer et un ensemble de parements circulaires protégeant la nuque, tressés, tissés et articulés) surmontés d’attributs symboliques du clan représenté, l’équipement guerrier se prolonge de pièces protégeant le reste du corps.

Caparaçonné, tressé, tissé, lacé, laqué, riveté, décoré et damasquiné, l’ensemble de l’armure fonctionne comme le double de celui qui l’habite. - Installées dans un endroit stratégique de leur demeure, ces armures pouvaient incarner et représenter leur maître en leur absence. - Au Japon, le thème du double (ou du fantôme) n’est jamais loin. Kagemusha (cf. le film de Kurosawa) est à l’horizon… qui continue à régner sous les apparences de son sosie.

Ces objets somptueux mettent en jeu des matériaux extrêmement divers. Fer, acier, bois se conjuguent à la peau animale et au cuir (galuchat, daim, etc,). Les revêtements et couches de laque permettent de durcir et renforcer la résistance des masques de cuir, le plus étonnant résidant sans doute dans l’extraordinaire utilisation des textiles (et de la soie). Les étoffes et les fils sont tissés, tressés, entrelacés de manière à constituer d’épais matelas et rembourrages de fibres. Conjuguées à de minces plaques métalliques, ces couches textiles forment autant de protections (de boucliers) qui enveloppent les épaules et les membres du guerrier.

Imposantes et particulièrement lourdes, ces armures n’étaient sans doute pas faites pour le combat, mais pour la montre, la pose et pour servir d’instrument de ralliement aux membres du clan.

D’où la prolifération de ces figures totémiques et marques claniques - dragons, papillons, bois de cerfs, cornes démesurément stylisées, pinces de crabes articulées ou éléments floraux divers - qui atteignent des dimensions démesurées à partir du moment ou l’emploi des armes à feu conduit le Daimyo à se retirer de l’avant-garde du combat pour parader à l’arrière ou en surplomb de la bataille.

L’armure, le casque sont là pour impressionner, frapper l’imagination. - On est bien entrés dans une guerre des signes et dans la magie des symboles.

La présentation (sous vitrine) de différentes pièces de ces équipements est parlante. Comme celle de ces masques de cuir - qui ne sont pas sans évoquer curieusement les masques européens de la Commedia dell’arte (qui date - rappelons-le du début du XVIe siècle).

La guerre - bien sûr - a partie liée avec le théâtre. Dans les deux cas, il s’agit d’esbroufe, de montre et d’exagération. Étonner. Surprendre. Saisir et faire peur.

Remarquons - en écho - que le poète Antonin Artaud en savait quelque chose, lui dont l’être guerrier s’est identifié à maintes reprises à l’éthique du samouraï (cf. Samouraï ou le drame du sentiment, scénario de cinéma, vers 1920). Et qui poursuivit ce rêve jusqu’à sa mort : « […] j’ai toujours voulu voir des samouraï mais il n’y en avait pas et il m’a fallu les faire naître. Comment ? Par hara-kiri, rein, étoupe et clou. » (A. Artaud, 1945)

A voir, pour sa dimension pédagogique, ce lien exposant les différentes étapes de l’équipement du samouraï

Le Japon d’Antonin Artaud

Casque-Crabe. Vue d’exposition. Photo © FDM, 2018.

samedi 3 mars 2018

FAUTRIER. Matières. Lumières. Peintures.

Affiche de l’exposition. MAM 2018.

Jean Fautrier — Matière et Lumière
Rétrospective au MAM (Musée d’Art moderne
de la Ville de Paris)
jusqu’au 20 mai 2018.

Jean Fautrier est un peintre d’une AUTRE époque. Celle du tableau PEINT, pensé, incessamment médité, recouvert de strates minutieuses et absolument irrégulières. C’est cela qui le rend miraculeux. Inestimable. Et franchement d’avant-garde.

Ses supports aussi, couches et sous-couches souvent marouflées, emmagasinent une densité de lumière intense. La lumière vient du fond de la toile ou du papier, se diffuse et irradie en giclées et halos de matières.

Cette lumière fut d’abord - en ses origines - noire. Obscure et ténébreuse. Grise et bleutée comme le fond d’un lac. C’est là une des grandes révélations de cette rétrospective. Son œuvre entière (il faudrait parler de Grand Œuvre, au sens quasiment alchimique du terme) est une œuvre au noir. Toute lumière sourd et remonte du plus profond de la bouche d’ombre, du cratère évidé, de la montagne perçue à contre-jour.

Ses toiles irradient et suintent une savante luminosité. - N’est-ce pas Turner qui s’enfermait dans le noir pour, ensuite, surprendre son œil en ouvrant brusquement les volets clos ? La matière lumineuse de Fautrier s’avère palpable, charnelle. Profonde. Elle se propage à partir de mille centres, mille plateaux

C’est donc bien de cela seul qu’il est question : de PEINTURE. Tout ici se ramène à cela, à cette expérience fondamentale d’un matériau qui absorbe tout et en lequel on se fond.

On comprend - dès lors - la place prise par Fautrier dans ce que l’on a nommé l’aventure de « l’INFORMEL». Il s’agit là d’une catégorie subtile et des plus spécifiques. On n’est ni dans l’abstraction pure, ni dans la re-présentation, ni dans la figure. Tout en y demeurant. En amalgamant en quelque sorte les contraires et les antinomies de l’histoire des arts plastiques.

Il y a donc sur les cimaises des couches et des couches de matières et des coups de brosse ou de pinceaux. Mais aussi et en même temps des reliefs de paysages, des ombres et des silhouettes d’Otages ou de menus objets. - On est dans ce monde propre à Fautrier, monde qui tient tout à la fois (comme l’écrivait Francis Ponge) « du pétale de rose et de la tartine de camembert ».

Cette matière, on la caresse. On la touche. On s’y enfonce. Elle y est mystique. Goûteuse. Odorante.

Sur l’Informel : Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain (2017). Pages 285-377. Lien au livre Larousse

Exposition au MAM 2018

Jean Fautrier, Lac Bleu I, 1926. © ADAGP. Photo DR.

jeudi 1 mars 2018

Hommage à la Vénus de WILLENDORF.

Vénus de Willendorf
(calcaire, 11 cm, Paléolithique, 24 000 av. J.C.)
Musée d’Histoire Naturelle de Vienne - Photo DR.

samedi 10 février 2018

Expansion CÉSAR. Une Logique de la Matière.

Centre Georges Pompidou. Vue d’exposition. Photo ©FDM, 2018.

Rétrospective César.
Au Centre George Pompidou jusqu’au 26 mars 2018.
César Baldaccini (dit César - 1921-1998).

« Mon atelier, c’est comme si c’était une carrière. » (César Baldaccini)

Expansions. Expressions. Compressions. Soudures. Modelages. Moulages. Agrégats. Empreintes. Coulures. Fusions. Tôles. Mousses. Résines. Aciers. Polyuréthane. Ferrailles. Cuivres. Pigments. Bronzes. Métaux. Plâtres. Plombs. Boulons. Vis. Ferrailles. Étoffes. Chiffons. Papiers.

Des plis. Des rides. Des creux. Des pleins. Des bosses. Des carcasses. Des grilles. Des rayures. Des Griffures. Des lignes. Des arabesques. Des sculptures.

Former. Agglutiner. Accompagner. Juxtaposer. Joindre. Suturer. Enrober. Figer. Évider. Poncer. Laquer. Aplatir. Déchiqueter. Tourner. Dévoyer. Recouvrir. Superposer. Vider. Remplir. Tourner. Eriger. Concevoir. Découvrir. Couper. Piquer.

Nouveau Réalisme. Gonzalez. Germaine Richier. Picasso. Arman. Rodin. Gustave Eiffel. Giacometti. Fiat. Peugeot. Ricard. Automobiles. Sculptures. Ailes. Roues. Caisse. Carcasses. Autoradio. Capot. Portes. Oiseau. Pots. Récipients. Centaure. Chauve-souris. Scorpion. Femme. Pouce. Sein. Poisson. Bouilloire.

Souplesse. Aridité. Moelleux. Rigidité. Ajourés. Trempés. Ouverts. Fermés. Ronds. Ajourés. Rouges. Roses. Verts. bistres. Ocres. Gris. Tous les gris. Les noirs. Les Blancs. Des jaunes. Des bleus. Des mélanges. Mats. Opaques. Transparents. Eclatants. Atones. Patinés.

Nota Bene. - La « Matière-César » se déploie tout au long de l ‘Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain (Larousse, 1994-2017). 46 pages et occurrences.

Centre Georges Pompidou. Vue d’exposition. Photo ©FDM, 2018.

samedi 3 février 2018

Les Tulipes de KOONS… Au Fil de la Seine ?


Photomontage : « Contre-proposition »
pour une implantation de l’œuvre de Jeff Koons.
("D'après Jeff Koons, Bouquet of Tulips », 2016).
Photographie de la crue ©FDM, 2018.

Revenons sur l’actuelle polémique à l’encontre des « tulipes » offertes en bouquet par Jeff Koons à la France tout entière et à la Mairie de Paris plus précisément. En hommage aux victimes des attentats terroristes de 2016.

Le bouquet est « joli » et kitch à souhait. En acier « poli », coloré. Il serait bien anodin s’il n’était MONUMENTAL. Et encombrant dans tous les sens du terme, coincé qu’il est sur l'espace séparant le Palais de Tokyo et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris. C’est donc, tout d’abord, la différence d’échelle qui fait problème. Si Jeff Koons nous avait proposé l’équivalent d’un bouquet de violettes grandeur nature, y aurait-on trouvé à redire ?

A cela il faut ajouter l’effet de distorsion de l’œuvre de Koons par rapport au style épuré des deux ailes du Palais des Musées d'Art moderne", érigé pour l’exposition de 1937 dans un style grandiose qui n’est pas sans évoquer l’idéal mussolinien de l’architecture.

Ce qui gêne aussi, (semble-t-il) c’est le caractère charmant de cet hommage fleuri, de cette « nature morte » (ou gerbe funéraire) d’un nouveau style. Occasion de rappeler que dans l’histoire de l’art, les fleurs et natures mortes sont légions et que - des maîtres hollandais du XVIIe et XVIIIe siècles jusqu’à Chardin, van Gogh, Cézanne, Odilon Redon ou Picasso - elles semblent n’avoir guère prêtées à polémique.

C’est qu’il y a ici un nouvel effet de DISTORSION, qui n’est plus seulement esthétique mais politique. Voire même « métaphysique ». Deux conceptions du monde s’affrontent : celle d’un certain art américain contemporain (qui déborde certes ses frontières) et joue dans un registre qui n’a rien à voir avec les soucis patrimoniaux ou la fibre humaine et patriotique de la vieille Europe…

Ces tulipes, Jeff Koons les avait déjà déclinées, à New York, à Bilbao aussi. Le contexte et l’effet produit étaient très différents. A Bilbao, les fleurs se trouvent bien au pied du Guggenheim, mais jetées au sol (et non érigées et triomphantes) ; elles y voisinent avec L’araignée de Louise Bourgeois. Le monumental Musée les écrase de toute sa hauteur et sa splendeur. Si on les remarque et les considère, c’est parce que l’on se dit : « tiens un Jeff Koons ! On reconnaît la « marque ».

Certains nous disent :« C’est un cadeau ; celui qui reçoit le cadeau peut en faire ce qu’il veut ! » - Voilà une appréciation bien superficielle de ce que représente un cadeau, surtout quand il est au départ initié par l’ambassadrice d’un grand « pays ami », l’Amérique. Il n’est sans doute pas besoin d’avoir lu le fameux essai de Marcel Mauss, L’Essai sur le don, pour comprendre qu’un cadeau fonctionne comme une sorte de piège qui oblige son récipiendaire. Rien de pire que de refuser un cadeau.

Nul doute que ces innocentes (mais « grandiloquentes ») tulipes ne jouent ici le rôle d’un cadeau empoisonné. Ou de ces patates chaudes que l’on se refile en silence.

HASARDONS UNE CONTRE-PROPOSITION : ces mêmes fleurs de Koons, érigées en bord de Seine, soumises et abandonnées aux aléas des intempéries, et puis noyées à l’occasion d’une de ces crues de la Seine que nous connaissons à l’heure actuelle… Ses tulipes y retrouveraient l’équivalent d’un vase naturel et de cette eau qui permet aux fleurs coupées de se maintenir fraîches…

Longue vie ALORS aux fleurs coupées multicolores de Jeff Koons… Que leurs reflets viennent iriser les eaux de la Seine, leurs lignes et coloris se métamorphoser dans les remous du fleuve. Lors de la prochaine crue, nous irons y contempler leurs pastellisations…, heureux que les eaux viennent perturber le côté très NICKEL de cet acier poli.

Mais la « vue », nous dira-t-on… et la perspective… Ne sont-elles pas classées, patrimoniales ? La lagune de Venise (en un tout autre lieu), tout au long des biennales d’art qu’elle abrite régulièrement, en a vu - et en verra - bien d’autres… des singularités, des métamorphoses, des incongruïtés.

Reste entière la délicate question de "l'hommage aux victimes"… La Seine ne pourrait-elle ici constituer le plus extraordinaire des cénotaphes et le plus juste des outils mémoriels, elle qui ne cesse de couler, de passer, de revenir…

Photomontage : « Contre-proposition »
pour une implantation de l’œuvre de Jeff Koons
("d'après « Bouquet of Tulips » de Jeff Koons", 2016).
Photographie de la crue ©FDM, 2018.

lundi 1 janvier 2018

Bonne Année 2018 !



Les habitants, ombres et fantômes de ce BLOG vous
souhaitent une très active et vigilante ANNÉE 2018.

mardi 28 novembre 2017

MATERIAL and IMMATERIAL History of Modern and Contemporary Art. What News ?

MATERIAL and IMMATERIAL History
of Modern and Contemporary Art.
Publishing (Editions), Larousse, 2017. (front cover).

"There are moments of dizziness very, very strong ; the world falls over monstrously." (Abraham Poincheval, at the end of at the end of his performance : " project to live in one Pierre ", Palace of Tokyo, in February, 2017).

What about this quite last edition ? What's new in the art and in the art history?

At OPENING of the boo : a clear stand on "Notions" of MODERN ART and CONTEMPORARY ART, which widely occupied the debates of these last years. This Foreword should (to him alone) activate some controversies …

Widely INCREASED, with a renewed iconography, this 4th edition extends and amplifies the whole previous work. New elements, new artists, new perspectives are integrated into the progress of the book.

THE founding ARCHITECTURE of the work remains intact, enriched by artists' contemporary confirmed contributions (as Marina Abramovic, Vera Molnar, Daniel Buren, Jeff Koons, Olafur Eliasson, Ai Weiwei, Damien Hirst, Maurizio Cattelan, etc.) as well as the works of new artists (as Patrick Beaulieu, Antoine Perrot, Douglas Scholes, Lee Bull, Prune Nourry, Eric Baudart, Bansky, etc.).

Characteristic of the last decade, the PERFORMANCE is the object here of new developments. Certain artists (Such Marina Abramovic) developed considerably their project. Artists appeared (as Abraham Poincheval, Caroline Boileau and many others) who try to push away (to repel) the limits of the physical machinery. New fields (as the dance) invaded the territory of the plastic arts, questioning again, the plan of the artistic territories.

The invasion of the field of the contemporary creation by art-goods is taken into account too. Fragonard, Rubens, Van Gogh, etc., become marks that appropriate big captains of industry.

At the other end of the social field, cities, walls, public buildings, streets and up to the places of fight, see each other invested by the street art (JR, Bansky, etc.).

New works appear (or develop - as the works in situ of James Turrell) which enrich and disrupt the long history of the cosmic relation which the man maintains with materials.

Revisit in depth modern and contemporary art. Go of discovery to discovery. Verify the scale and the power of the current creation: it was for me an immense pleasure. I wish today to pull the reader at the heart of meanders recently traced by those who - such the "small chap" whom evoked Picasso, do not stop coming into the world and appearing. Like Maurizio Cattelan's wax double, contemplating the world since the crevice cut in the ground of the world.


Table of contents of the previous edition (3th publishing — in French)

mercredi 22 novembre 2017

Edmund ALLEYN. Biographie. Par Gilles Lapointe.

Atelier d’Edmund Alleyn, vers 1954 (Succession Edmund Alleyn).

« Ça a commencé par un jeu (…). C’était de créer des sortes de petites plaques de mémoire visuelle. (…) C’est toujours demeuré une fascination de pouvoir mettre quelque chose en image. Je pense que je suis un chasseur d’images. » (Edmund Alleyn)

Né à Québec, Edmund Alleyn (1931-2004) aura parcouru une ample moitié du XXe siècle, en naviguant et bourlinguant dans tous ces bateaux dont il a tant apprécié la représentation. Barques fines et plates, bateaux de croisière et grands paquebots transatlantiques hantent bien des paysages des tableaux de ses dernières décennies.

Auparavant, il avait déjà vécu plusieurs vies : de part et d’autre de l’Atlantique. Avec, tout d’abord, des années d’enfance et d’adolescence dans une famille aisée, riche culturellement mais assez rigide. La projection dans le monde adulte se fera progressivement par une série de révoltes et de ruptures qui l’amèneront à privilégier l’aventure artistique.

Car c’est bien d’une aventure artistique dont il est question. Et non point d’une carrière. Car ce qui domine en lui, c’est un certain romantisme dont il ne se départira jamais. Cet instinct poétique et cette empreinte « humaniste » - à laquelle il tenait tant - s’accompagneront (surtout dans les dernières années) d’une vision critique, plus désabusée. Son œuvre se caractérise alors par des thèmes grinçants et une vision de l’homme parfois « simiesque » (Les Éphémérides - 2000-2004). Sur le plan pictural, l’acrylique, le lissage de la surface, un certain traitement du tableau comme « image » (la série des Indigo, 1980-1990) se seront substitués à la peinture à l’huile et aux abstractions de ses tout débuts.

Marqué au départ par l’automatisme québécois (il admire profondément l’œuvre de Borduas qu’il va rencontrer à New York juste avant son départ pour Paris), Edmund Alleyn découvre Nicolas de Staël, Picasso, mais aussi Willem De Kooning.

Des longues années passées à Paris (1955-1970), il avait coutume de dire qu’elles lui avaient « tout appris ». Ce sera donc à l’intersection féconde de ces deux continents - l’Amérique du Nord et l’Europe (dont Paris est alors la capitale culturelle) qu’il inscrira sa démarche. Cette intersection géographique est aussi une intersection des cultures et des langues (l’anglais et le français), un certain bilinguisme (culturel, mais aussi politique) marquant l’ensemble de la vie de ce québécois de cœur.

Le retour au Québec (en 1971) se fera très vite sous les auspices d’une nouvelle aventure picturale, Imprégnée cette fois de réalisme, voire d’hyperréalisme (Une belle Fin de Journée, 1973). Un certain regard, aigu, photographique, inspiré du « sharp focus » s’impose pour un temps. Avant qu’il ne revienne à une forme de romantisme, très marqué cette fois-ci, par l’image, l’estampe. Le tableau se déploie à l’instar d’un mur, d’un drapeau ou d’une grande affiche, dont on aurait ôté les lettres et les sigles. Reste quelque chose qui est de l’ordre d’une « persistance mémorielle » et - au sens propre du terme - d’une imago. Une impression subsiste, s’impose et fait tableau.

La biographie de Gilles Lapointe est une biographie « à l’ancienne ». - Ce qui, bien sûr, est un compliment. Précise, érudite, basée sur un grand nombre d’entretiens avec l’artiste, bourrée de références, appuyée sur des témoignages. Très attentive à l’évolution artistique d’Edmund Alleyn, elle se lit aussi « comme un roman ». De façon aisée, vivante. Le style est élégant et l’on sent bien que la consultation des abondantes archives du peintre s’est faite dans le plaisir de la découverte.

La richesse des documents qui accompagnent le texte (photographies, reproductions d’œuvres, de dessins, etc.) concourt à la vie de l’ensemble. — Edmund Alleyn est bien présent, vivant, dans l’ensemble de ces pages.

Gilles Lapointe, Edmund ALLEYN, biographie, Montréal (Québec), Les Presses de l’Université de Montréal, 2017.

Edmund Alleyn. Portrait, 1964 (Succession Edmund Alleyn).

vendredi 10 novembre 2017

PARIS PHOTO 2017. Un réel construit. Déconstruit. Reconstruit.

Mo Yi, Installation, 2015-2016.

Paris Photo - Grand Palais.
Du 9 novembre au 12 novembre 2017.

Foisonnante et diversifiée, cette 21e édition d’un Salon devenu incontournable pour les aficionados et les amoureux de la photographie, est marquée du triple sceau (historique, esthétique et politique) de la CONSTRUCTION, DÉCONSTRUCTION et RECONSTRUCTION de cette réalité que l’image photographique a pour fonction de dupliquer ou refléter.

Il faut se méfier des reflets et des miroirs dont Cocteau disait qu’ils savaient « mentir » vrai. Ce singulier principe de réflection qui sous-tend le cliché photographique, on le perçoit sans cesse au détour de ces Galeries que l’on parcourt comme autant de boîtes noires et de pièges à reflets.

Le RÉEL partout se distord et tronçonne (corps disloqués de John Coplans ; nus anamorphosés d’André Kertesz ; visage fracturé de Dora Maar (Double Portrait, 1936) ou suturé de Marina Black (The Slice, 2015).

Ce réel se construit et s’architecture aussi. Les lignes de force des plans, des paysages, des cités et des corps auront été incessamment dévoilés, soulignés ou construits par les armes magiques du constructivisme russe, de la nouvelle objectivité des années 1930, d’une certaine photographie américaine des années 1950 ou les recherches expérimentales sur les relations du corps et de l’espace (Klaus Rinke, Action : Body Postures against a wall…, 1970).

Nourrie des matières, des corps (humains, animaux, « végétaux »), de la singulière réalité du paysage urbain, l’image se fait abstraite. Pliure. Anamorphose. Ellipse.

Détruit, annihilé, ce réel se recompose et se restaure. Il persiste dans la singulière mémoire des ruines et des compositions photographiques. Partant de leurs archives personnelles, Anne et Patrick Poirier revisitent une mémoire dont ils accumulent les fragments, les images superposées ou jointes bord à bord. "Les Poirier" ayant toujours travaillé sur les ruines, les fragments, on assiste à une sorte de mise en abîme du monde des ruines.

Le magistral triptyque exposé par Pascal Convert (Falaise de Bâmiyân, 2017) amène notre œil à « entrer en résistance », à voir, revoir et conserver en nous la pleine densité des Bouddhas détruits par les talibans en mars 2001.

Les prises de vues successives, les montages, processus de feuilletages et ajustements numériques de Thomas Bangsted aboutissent à une forme de condensé visuel, à une « hyper-photographie », presque irritante pour l’œil à force de détails, de reflets et de précision (Cf. Schlachtschiff Tirpitz, 2017 : paysage de fjord et cuirassé (le Tirpitz).

Ce salon est à l’exemple de la planète : cosmopolite. Le réel y est tout aussi bien européen, africain, asiatique, mixte. La Chine y est particulièrement représentée, fournissant tour à tour les clichés graffittés et retravaillés des archives photographiques de la Révolution culturelle chinoise (Mo Yi, Installation. Ensemble de 52 tirages. Peinture acrylique sur impressions numériques.) ou les paysages brumeux, elliptiques et allongés à la façon d’un emakimono, d’un long rouleau que le regard déplie et déploie dans une longueur indéfinie (Zeng Yicheng).

Schlachtschiff Tirpitz 2017.
Pigment Print. 161.3 x 284.1cm.
Thomas Bangsted / Galleri Tom Christoffersen.

dimanche 5 novembre 2017

TAANTEATRO. Artaud Actualité - Paris Novembre 2017.

Affiche du Théâtre de Nesle.

4 représentations de
la compagnie TAANTEATRO

Les 01, 08, 15 et 22 novembre
à 20h30 au Théâtre de Nesle.

ARTAUD LE MÔMO
avec Maura BAIOCCHI.

A voir absolument.
Une magnifique performance.

Taanteatro au Théâtre de Nesle

La Troupe Taanteatro


mercredi 25 octobre 2017

Paysage-Miroir. Portrait-Miroir. Diptyques.

« Marienbad ». Paysage-miroir. ©FDM.

Galerie Agathe Gaillard
3 rue du Pont Louis-Philippe, 75004 - Paris
HOMMAGE A LA BEAUTE.
Exposition de groupe.
Visible jusqu’au 18 novembre 2017.

Pratiquant la photographie depuis de nombreuses années, ayant réalisé un grand nombre de clichés solitaires et pour ainsi dire clos sur eux-mêmes, je suis entrée un jour à l’intérieur de l’image, me demandant quelles connivences cette image pouvait entretenir avec sa quintessence, son architecture interne et ses doubles.

Le travail s’effectue sur les relations des images entre elles (diptyques, triptyques). Ou sur les relations qu’une image peut entretenir avec elle-même (paysages-miroirs ; portraits-miroirs). – Que se passe-t-il lorsque l’on AJOUTE une image à elle-même, qu’on l’abouche et la greffe sur son propre corps de papier ? Les possibilités sont alors multiples, mais toutes ne « fonctionnent pas ».

Il est, toutefois, des assemblages qui s’avèrent magiques. Troublants. - On débouche alors sur une image (ou une réalité) dilatée, ajoutée, AUGMENTEE. Autrement travaillée. Autrement poétique.

Des Diptyques et Triptyques furent déjà réalisés, il y a de nombreuses années. En mai et juin 2016, j’avais montré (chez Agathe Gaillard) un ensemble de triptyques portant sur les ombres et le thème de la préhistoire (lien ci-joint).

Pour cet Hommage à la beauté 2 qui signe aujourd’hui le passage de la Galerie Agathe Gaillard d’une époque à une autre, j’ai réalisé d’abord ce cliché-jumeau, intitulé « Marienbad » mais qui pourrait - tout aussi bien - se dénommer « Sans titre ». Paysage-Miroir venant redoubler un monde dont il souligne la perfection.

Retournant en tous sens un portrait d’Agathe [Gaillard], pris en 2016 dans sa galerie, j’en suis venue à rapprocher les deux faces du cliché. Une image alors a surgi, qui m’a surprise… Ce portrait était devenu un paysage intérieur, le portrait-miroir d’une aventure qui ne fut pas seulement mondaine… au sens professionnel et historique du terme.

Lien vers l'exposition Hommage à la Beauté

FDM - Photographies "Ombres de la Préhistoire

« Agathe Gaillard ». Portrait-miroir. Diptyque. ©FDM.

lundi 16 octobre 2017

Histoire MATÉRIELLE et IMMATÉRIELLE… 2017 - Quoi de neuf ?

Histoire matérielle et immatérielle
de l'art moderne et contemporain,

4e édition augmentée. Larousse, 2017 (couverture).

"Il y a des moments de vertige très, très forts ; le monde bascule monstrueusement." (Abraham Poincheval, à l'issue de sa performance : "Projet pour habiter une Pierre", Palais de Tokyo, février 2017).

Qu'en est-il de cette toute dernière édition ? Quoi de neuf dans l'art et dans l'histoire de l'art ?

En OUVERTURE du livre : une prise de position nette sur les "notions" d'ART MODERNE et d'ART CONTEMPORAIN, qui ont largement occupé les débats de ces dernières années. Cet Avant-propos devrait (à lui seul) déclencher quelques controverses…

Largement AUGMENTÉE, avec une iconographie renouvelée, cette édition prolonge et amplifie l'ensemble du travail antérieur. De nouveaux éléments, de nouveaux artistes, de nouvelles perspectives sont intégrés dans le déroulement même du livre.

L'ARCHITECTURE fondatrice de l'ouvrage demeure intacte, enrichie des apports contemporains d'artistes confirmés (comme Marina Abramovic, Vera Molnar, Daniel Buren, Jeff Koons, Olafur Eliasson, Ai Weiwei, Damien Hirst, Maurizio Cattelan, etc.) ainsi que des travaux de nouveaux artistes (comme Patrick Beaulieu, Antoine Perrot, Douglas Scholes, Lee Bull, Prune Nourry, Eric Baudart, Bansky, etc.).

Caractéristique de la dernière décennie, la PERFORMANCE fait ici l'objet de nouveaux développements. Certains artistes (Telle Marina Abramovic) ont amplifié considérablement leur projet initial. Des artistes sont apparus (comme Abraham Poincheval, Caroline Boileau et bien d'autres) qui cherchent à repousser les limites mêmes de la machinerie corporelle. De nouveaux champs (comme la danse) ont envahi le territoire des arts plastiques, remettant une nouvelle fois en cause le tracé des territoires artistiques.

L'envahissement du champ de la création contemporaine par l'art-marchandise est lui aussi pris en compte. Fragonard, Rubens, Van Gogh, etc. deviennent des marques que s'approprient les grands capitaines d'industries.

A l'autre extrémité du champ social, les villes, les murs, les monuments publics, les rues et jusqu'aux lieux de combat, se voient investis par le street art (JR, Bansky, etc.).

De nouvelles œuvres apparaissent (ou se développent - comme les œuvres in situ de James Turrell) qui enrichissent et perturbent la longue histoire de la relation cosmique que l'homme entretient avec les matériaux.

Revisiter en profondeur l'art moderne et contemporain. Aller de découverte en découverte. Vérifier l'ampleur et la puissance de la création actuelle : ce fut pour moi un immense plaisir. Je souhaite aujourd'hui entraîner le lecteur au cœur des méandres nouvellement tracés par celles et ceux qui - tel le "petit bonhomme" qu'évoquait Picasso, ne cessent de venir au jour et d'apparaître. A la façon du double de cire de Maurizio Cattelan, contemplant le monde depuis l'anfractuosité taillée dans le sol du monde.

NOTA BENE : Par suite d'une défaillance informatique, certains éléments du Nouvel Index n'ont pu être pris en compte. Les lecteurs peuvent demander aux Editions Larousse un Index plus complet en version numérique à l'adresse : livres-larousse@larousse.fr

samedi 7 octobre 2017

Les Univers décalés d’HÉLÈNE DELPRAT.

Les Fausses Conférences, 2017.
Courtesy de l’artiste et de la Galerie C. Gaillard, Paris
Ph ©FDM, 2017.

« I Did it my way »
Exposition à La Maison Rouge
du 23 juin au 19 septembre 2017


Pour réouvrir ce blog - un temps abandonné, pour cause d’écritures, de recherches (théoriques : une nouvelle édition (AUGMENTÉE) de l’Histoire matérielle et immatérielle… et plus pratiques : des mises en scènes photographiques en cours… - un papier temporellement décalé sur les univers eux-mêmes disjoints d’Hélène Delprat.

Légers, poétiques, caustiques et de guingois, les mondes d’Hélène Delprat sont un enchantement. Une vraie re-découverte.

Artiste caméléon, elle se joue aisément du passage et de la transgression des genres et des domaines, glisse - impromptue - d’un territoire à un autre : de la bande dessinée au cinéma et à l’installation, d’un décor de stuc et de papier à une mise en scène plus proche du théâtre ou de l’opéra.

NOIRE. VIDE, cette scène s’apparente souvent à celle d’une pièce de Beckett, revisitée comme elle le fut jadis (de façon intimiste) par les Mabou Mines (New York, 1975) : de minuscules figurines, montées sur des têtes d’épingles, évoluaient en plein cœur d’un théâtre microscopique. Et désertique.

I Did it my way. - « Je trace mon propre chemin ». Je crée de toutes pièces ma propre voie.

Hélène Delprat réinvente en permanence ce qui lui tient lieu d’univers. Un ample bric-à-brac mémoriel et culturel se heurte au vide, à l’absurde. On nage en pleine dérision. Tragique. Décisive. Son style n’en demeure pas moins léger, graphique. - Souvent en noir et blanc.

Cet univers est le nôtre. Celui de la tragi-comédie d’un univers instable, lilliputien dans la foule de ses détails, un brin grandiloquent dans la légèreté même de l’expression. Tout déraille : le temps, les mots, les déguisements, les petits papiers, les grandes formules, les coups de crayon et la gestuelle qui les accompagne.

Site d'Hélène DELPRAT

« I Did it my way », la Maison rouge

La Chambre des oiseaux qui s’ennuient dans l’exposition d’LND, 2017.
Courtesy de l'artiste et de la Galerie C. Gaillard, Paris.
Ph ©FDM, 2017.


jeudi 11 mai 2017

SAINT-LAURENT - All About Yves.

Catherine Ormen, ALL ABOUT YVES, Larousse, 2016.

Yves Saint Laurent (1936-2008). - Une vie faite de poésie, de lumière, du froissement des étoffes, de la ligne et découpe de vêtements audacieux, élégants. Mats ou scintillants. Noirs ou colorés. Unis, fleuris ou tachetés. Lourds et opaques ou faits de transparences.

Retracer ainsi une vie et une œuvre en IMAGES et MATÉRIAUX, seul un livre peut le faire. Surtout quand ce livre s'adjoint toute une série d'enveloppes et de pochettes surprises. Photographies, dessins, fac-similés de lettres, documents ou polaroïds. Papiers découpés aussi comme ces "paper dolls" (ou poupées de papier) que le jeune couturier fabrique en 1953. Un défilé de collection comme un petit théâtre. Une poupée quasiment nue ; des vêtements divers permettant de l'habiller. Yves Saint-Laurent retrouve ici ces fameuse planches à découper de l'enfance qui permettaient à tout un chacun de diversifier l'habillement d'un bonhomme ou d'une poupée.

Cette mode est cosmopolite. Elle emprunte aux différentes cultures, s'enrichissant - à chaque fois - de nouvelles textures, de coloris raffinés. Les sonorités russes et soyeuses des taffetas et broderies de l'automne-hiver 1976 (Collection "OPERA-BALLETS RUSSES") s'accompagnent de toutes sortes de "falbalas" - des franges, des glands, des pompons. Les blouses chamarrées se portants sur d'amples jupes à volants. Les brocarts, satins et pannes de velours se doublent et redoublent de fourrures (castor, vison, renard, zibeline).

L'Inde, l'Espagne et la Chine ne sont pas en reste. Cette dernière nous vaut des vestes de soie amples et très épaulées, surmontées de "chapeaux chinois" pointus. L'hiver 1977 décline une mode "flamenco" en rouge et noir ; les femmes y sont brunes et fardées ; les décolletés plongeants, corsetés et lacés. Volants, dentelles, éventails (pliés ou dépliés), roses rouges et talons noirs complètent le style.

L'Afrique, quant à elle, se décline de manière animalière et totémique. Raphias. Peaux. Plumes. Tissage, tressage et hybridation des matières ont fasciné le couturier. Tout autant que l'élongation des silhouettes et les coiffures qui s'envolent comme autant d'oiseaux ou de sculptures hiératiques.

La poésie et la peinture sont un des autres territoires de prédilection d'Yves Saint-Laurent. Le vêtement se fait œuvre d'art, comme dans la fameuse collection d'"Hommage à Mondrian" (1965) qui ouvre le bal des influences. Les aplats géométriques de couleurs vives alternent avec des plages blanches et de très rigoureuses lignes noires. La peinture abstraite s'anime et descend dans la rue… Le pop art marque la Collection automne-hiver 1966. Tout particulièrement les figurines roses et stylisées de Tom Wesselmann, dont le couturier s'inspire, rehaussant de franche féminité de strictes robes noires - longues ou courtes. Les hommages à Cocteau, Aragon ou Braque se déclineront ensuite en lettres et broderies sur des vestes ou des justaucorps de soie - roses, noirs, violets (1980).

Tout cela, dans le livre, est palpable. Manipulable. Les enveloppes colorées et pochettes de papier calque qui ponctuent les pages déplient et déploient d'autres scènes, d'autres saveurs, des arrière-plans et des compléments d'information. Tout cela est "jouable", léger. Une vie donc comme un recueil de "pochettes-surprises".

*"All about Yves". - Ce titre constitue comme un écho au célèbre film de Mankiewicz, "All about Eve" (1950), avec Bette Davis et Anne Baxter (dans le rôle d'Eve). La prononciation est la même dans les deux cas. A la sortie, en 2014, du film de Bertrand Bonello, Saint-Laurent, Gérard Lefort fit un article portant ce titre ("Saint Laurent All about Yves", Libération, 23 septembre 2014).

"Paper dolls". Figurines et vêtements découpés
par Saint-Laurent, 1953-54.
© Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent, 2016.

mercredi 8 mars 2017

VAN GOGH. Paysages mystiques et céleste monnaie.

Van Gogh, l'argent, l'or, le cuivre, la couleur.
Editions Blusson, 2011.

"Dans tout il y a maintenant du vieil or, du bronze, du cuivre, dirait-on, et cela avec l'azur vert du ciel chauffé à blanc, cela donne une couleur délicieuse…".
(Vincent Van Gogh)

Tout au long de sa vie - des paysages de sa jeunesse, des tourbières et sombres contrées du Borinage jusqu'au flamboiement solaire des paysages provençaux et du fameux Champ de blé aux corbeaux de la période d'Auvers (1890), Van Gogh n'a cessé d'entretenir avec la nature un lien viscéral.

Or solaire, reflets argentés des oliviers de Saint-Rémy, cuivre et bronze des champs cuits et recuits dans la fournaise de midi, explosion de la couleur à pleins tubes et forts contrastes - cette relation à la nature s'avère profondément mystique. Alchimique et religieuse.

ALCHIMIQUE, car il s'agit bien pour lui d'une transmutation de la glèbe, des végétaux, des éléments et de son propre travail (physique et quotidien) en un matériau qu'il identifie au soleil, celui-ci étant entendu comme un "Louis d'or", comme cette " céleste monnaie" dont parle Bossuet.

On l'ignore souvent, mais le peintre (partagé entre la foi protestante de son enfance et certains accents moins austères du catholicisme) avait lu Bossuet et demeurait écartelé entre deux visions de la religion. Ce qui explique les références qu'il effectue en direction des deux métaphores du "rayon noir" et du "rayon blanc", ces deux faces de la mystique.

Les paysages de Van Gogh - cyprès, "Nuits étoilées", "vignes rouges" et champs de blés, meules roussies, soleils couchants orgiaques, moissons dorées - tout cela participe de la sublimation de nature alchimique (tout transformer en or) qui hante celui qui se présente comme un "ouvrier du Christ", un "moissonneur…

La métaphore (toute métaphore - Antonin Artaud nous l'a rappelé - est toujours beaucoup plus qu'une "métaphore" ; elle entame la réalité) est, chez van Gogh, délibérément monétaire, liée à la richesse picturale (or, argent, cuivre, bronze, etc.) qu'engrange son travail. Dieu est conçu comme de l'or pur ; ses dons et récompenses s'apparentent à la "céleste monnaie" qu'évoque Bossuet. - Il s'agit donc bien d'une forme de "mystique monétaire".

C'est cela que nous montrons dans notre ouvrage - qui avait fait l'objet de conférences, en 2010, au Musée d'Orsay. Cette interprétation picturale (car c'est bien de peinture qu'il est question et d'art) peut surprendre, provoquer quelque résistance. Elle n'en reste pas moins de l'ordre de l'évidence.

L'analyse des écrits et lettres de Van Gogh, l'interprétation aussi qu'Antonin Artaud fournira de l'œuvre du peintre d'Arles dans son son Van Gogh le suicidé de la société, en témoignent. Les tourbillons de la Nuit étoilée (1889) entraînent le petit train de Vincent van Gogh bien au delà des étoiles.

"Tout l'or de Van Gogh"

Fagus, une lecture

Conférences au Musée d'Orsay

Le Livre. Table des matières

dimanche 26 février 2017

DE VINCI à CY TWOMBLY.

Cy Twombly, III Notes for Salalah (note I), 2005-2007,
© Cy Twombly.

"On travaille sans sentir qu'on travaille, lorsque quelquefois les touches viennent avec une suite et des rapports entre eux comme les mots dans un discours ou dans une lettre." (Vincent Van Gogh).

Exposition CY TWOMBLY
au Centre Georges Pompidou, Paris,
jusqu'au 24 avril 2017.


En contrepoint à la superbe rétrospective Cy Twombly au Centre Pompidou, je reviens sur la présence de notre peintre dans l'ouvrage que je consacre aux relations d'Artaud et de van Gogh (CINÉ ROMAN, CINÉ PEINTURE, Blusson, 2014).

De Vinci à Cy Twombly - en passant par van Gogh, Camille Flammarion (Les Étoiles et les curiosités du ciel, 1881), Antonin Artaud, Jackson Pollock et Gilles Deleuze - se déploient des tourbillons, des rhizomes, des boucles, des ellipses et des tracés.

Les lettres, les chiffres, les gribouillages et graffitis. Les circonvolutions de La nuit étoilée, les hachures et les bâtons faussement droits des écritures et des graphismes commençants.

Au coeur de cette aventure et de ce CINÉ-ROMAN, on trouve (comme PERSONNAGES et acteurs de l'histoire) Gilles Deleuze et Cy Twombly, peintre américain (1928-2011) qui est là sur scène, avec ses toiles, ses calques et ses pinceaux ; ses crayons à la cire, ses écritures et ses signes.

Cette aventure s'inscrit (de manière consciente ou inconsciente, savante ou "de rencontre") dans le sillage des coulures et méandres du Vinci, des grilles et hachures des dessins de van Gogh, des boucles et des graffiti des Cahiers d'Artaud-Momo.

Car dans la grande aventure de l'art - comme l'écrivait si justement Picasso -, l'artiste c'est le "petit bonhomme" qui toujours revient… et revient. — Pour le plaisir des yeux, des gestes et la sarabande endiablée où nous entraînent les tempêtes et "toccatas" graphiques des arts naissants. Lesquels se perpétuent et se transforment au fil du temps. Toujours semblables. Et toujours différents.

Livre Artaud Van Gogh, ciné-roman, ciné-peinture.

Site de Cy Twombly

Antonin Artaud, Vincent Van Gogh,
Ciné-roman, Ciné-peinture, ed. Blusson, 2014.

jeudi 16 février 2017

Une Histoire de l'Art Vidéo.

Arts et nouvelles technologies. Art vidéo. Art numérique.
(Larousse). Couverture de l’édition de 2011 (détail).

L’invention de la caméra vidéo, liée à un mode de diffusion et de retransmission de l'image enregistrée de manière quasi immédiate (avec un très léger différé) a favorisé l’apparition d’œuvres décalées, ludiques et très efficaces. L’image pouvait désormais être visionnée rapidement, quasi instantanément. Tout en étant fragmentée, disjointe, répétée, décalée, indéfiniment surajoutée à elle-même.

C’est au cœur de cet « infra-mince à la Duchamp» de cet (in)saisissable écart entre l’enregistré et le retransmis, que se sont engouffrés, au tout début des années 1970 un certain nombre d’artistes comme Bruce Nauman (qui ouvre le bal dès 1968 avec ses fameux « corridors-vidéo"; Performance Corridor date de cette année-là), Joan Jonas (Côté gauche/Côté droit, 1972) Peter Campus (*) ou Dan Graham (qui produira nombre d’installations très sophistiquées.

Arts et nouvelles technologies retrace (par le texte et PAR l’IMAGE) l’histoire de ces dispositifs et ces installations vidéo qui conduisent les artistes à un nouveau type de représentation de soi. – « Je me voyais me voir… », comme l’écrivait Paul Valéry dans La Jeune Parque, et comme le remarquera encore une bande dessinée consacrée à Dan Graham :

La Vidéo, « c’est comme le « passé immédiat » que décrit Walter Benjamin. C‘est une sorte une sorte de miroir qui reflète l’inconscient du sujet. – Je me regardais parler… je me regardais parler… (Dan Graham)

Joseph Beuys, Nam June Paik, Vito Acconci, Bruce Nauman, Peter Campus, Joan Jonas, Marina Abramovic, Gary Hill, Dan Graham et bien d’autres artistes jouent avec leur image, tout en perturbant celle du spectateur de leur œuvre.

Toute une histoire de la représentation corporelle défile ainsi, étayée par un texte dont le but est de décrire précisément les jeux et enjeux de ce monde là qui est celui des images, des gestes, des intentions narcissiques et farfelues des uns et des autres.

*Peter Campus : Le Musée du Jeu de Paume lui consacre aujourd’hui une efficace rétrospective, "Video ergo sum". Commissariat d'Anne-Marie Duguet. Exposition du 14 fév. 2017 au 28 mai 2017. - J'y reviendrai…

Extrait du livre :

"Le champ ici étudié (art vidéo, art par ordinateur, installations multimédias, imagerie numérique, mondes virtuels et interactivité, cd-roms d’artistes, réseaux et art sur le net) nous fera traverser l’ensemble des technologies de pointe qui ont marqué le développement de la seconde moitié du XXe siècle, l’art vidéo étant apparu dans les années 1960 et l’art par ordinateur (plus tard suivi de l’image 3D) dans le courant des années 1970. Mais c’est aussi tout un pan de l’histoire de l’art de l’après-Seconde Guerre mondiale que nous rencontrerons. Avec, en particulier, l’invention du happening, de la performance et la mise au point de l’installation. Ces diverses structures marquent, en effet, fortement l’art vidéo et s’imposent aujourd’hui de plus en plus dans les arts multimédias.

Art vidéo et art par ordinateur proviennent de deux techniques distinctes et se sont d’abord développés de manière indépendante. Ils ont cependant très vite été amenés à fusionner ou se compléter. D’où la multiplication, à partir du début des années 1990, de productions hybrides, constituées d’images issues de sources diverses (analogiques, digitales) et dont on ne sait plus toujours (à l’arrivée) quelle est la provenance exacte.

La lisière est de plus en plus mouvante entre les différents arts — peinture, sculpture, installation, photographie, performance, etc. Ceux-ci viennent se frotter et se nourrir en permanence aux nouvelles technologies. Ces modifications structurelles ont été accompagnées d’une redéfinition du concept même d’art, celui-ci pouvant s’annihiler jusqu’à « rejoindre la vie », se transformer en art sociologique ou bien emprunter les chemins de la contestation et de la lutte politique". Florence de Mèredieu (extrait, p. 12-13).

Joan Jonas, Côté gauche et Côté droit, 1972 (6 vues) DR.

mercredi 1 février 2017

CY TWOMBLY. L'enfance de l'art.

Vue d'exposition (Photo, FDM, 2017).

Exposition au Centre Pompidou
du 30 novembre 2016 au 24 avril 2017

Magnifique rétrospective de l'œuvre de cet artiste américain (1928-2011), peu connu du grand public mais dont l'œuvre (peinture, sculpture, collage, dessin) est de première importance. - Formé aux États-Unis durant la grande période de l'expressionnisme abstrait et de l'action painting des années 1950, son œuvre singulière porte aussi la marque (décalée) du pop art américain des années 1960.

Sa rencontre, dès 1950, avec Robert Rauschenberg fut assurément décisive. Ils firent ensemble en 1952 une sorte de voyage initiatique en Europe et en Afrique du Nord. La culture méditerranéenne ancestrale deviendra pour lui une source d'inspiration constante. Il en apprécie les mythes et les paysages.

Son mariage "italien" l'amènera à se fixer à Rome en 1960. Sa fréquentation des îles grecques, de l'Egypte, de la Sicile, de la Turquie augure bientôt toute une série de voyages qui auront de profondes résonances dans son œuvre.

Ces influences se manifestent par un sens aigu des lignes, des formes et des signes naissants, "apparaissants". - Ecritures. Traces. Effacements et déplacements de ces traces, de ces signes, de ces écritures qui se trouvent associés à des fragments de papiers collés, des gribouillages, des tourbillons, des traits et de menues touches de couleurs.

Cy Twombly se situe au plus près de l'émergence des formes et des signes de la peinture, du dessin, de l'art commençant… Nombre de ses dessins s'apparenteraient ainsi aux tout premiers gribouillis que tracent les enfants.

Ces tracés fréquemment effectués par des bambins d'âge pré-scolaire ou de maternelle sont - de fait - complexes. Chaque enfant possède son propre "style" de gribouillis. Plus ou moins dilaté ou resserré. Plus ou moins "chiffonné". Les gribouillis correspondent au départ au simple développement d'un pur geste moteur. C'est la rencontre fortuite d'un crayon (ou d'une craie) avec le papier qui produit alors le signe graphique. Peu à peu vont se mettre en place le contrôle des points de départ et d'arrivée et la maîtrise du détail.

Lorsque l'enfant découvre qu'il peut jouer de son crayon et maîtriser le graphisme qu'il produit, il s'amuse, lance ou freine son geste, procédant ainsi à des sortes de virgules répétitives ou de formes diverses (rondes, carrées, ovales ; ouvertes ou fermées, etc.).

L'art de Cy Twombly et les expressions enfantines ne se confondent certes pas. Elles ne se recouvrent aucunement. Mais dans les deux cas, on a bien affaire à un jeu : avec le support, le crayon, l'espace et le geste. - Tracées à la cire blanche sur des fonds gris, les boucles et circonvolutions de Cy Twombly retournent ainsi aux sources. Du dessin et de l'écriture.

Cy Twombly se meut avec aisance au cœur d'un monde très archaïque, toutes les civilisations ayant connu ces balbutiements du geste, du dessin, de l'écriture…

Un monde se développe ainsi - fragile, remuant. Et d'une infinie diversité. Tout y est dans la nuance, la subtilité, le léger déplacement des lignes et des couleurs.

Spirales, explosions, scarifications. Disjonctions, entrecroisements, éloignements. Taches, touches, hachures, jets. Agglomérats, coulures, grisailles. - On n'en finirait plus d'énumérer les vertus de ces paysages, de ces toiles, dépliées elles-mêmes en diptyques, triptyques ou assemblages. Isolées ou réunies. Abstraites presque ou flirtant avec la représentation.

Cy Twombly invente et réinvente les mondes. Affine nos perceptions.

Goûtons sa peinture. Parcourons ses dessins. Englobons (de l'œil et de la main) la sensualité de ses sculptures blanches… minimales et si poétiques.

L'exposition au Centre Pompidou

Le dessin d'enfant

Vue d'exposition (Photo, FDM, 2017).